Première conférence de presse · lundi 14 septembre, 11h · Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Belgique, nos libertés en danger ?

Le 24 juin 2026, la veille du lancement de l’appel, une soirée-débat organisée au Parlement européen par la députée Saskia Bricmont réunissait Sybille Gioe, présidente de la Ligue des droits humains, Philippe Borsu, secrétaire fédéral de la FGTB, et Deniz Agbaba, directrice de Greenpeace Belgique. Objectif : dresser un état des lieux de la dégradation des libertés et de l’État de droit en Belgique, et identifier des pistes d’action collective.

Ce qui semblait hier circonscrit à la Hongrie d’Orban ou à la Pologne du PiS touche aujourd’hui la Belgique. Trois analyses, trois secteurs, un même mouvement.

L’État de droit mis à mal

Sybille Gioe a défini l’État de droit comme le cadre qui empêche l’exercice arbitraire du pouvoir, et en a identifié deux piliers menacés.

Le non-respect du droit, d’abord : procédures parlementaires bousculées, comme le vote précipité sur la réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles ; insécurité juridique de projets de loi qui manient des notions floues — circonstances exceptionnelles, ordre public, extrémiste — sans jamais les définir, laissant un pouvoir discrétionnaire excessif à l’administration ; et violation assumée de la Constitution, le projet de loi sur les visites domiciliaires ne respectant pas les balises fixées par la Cour constitutionnelle.

Le contrôle judiciaire affaibli, ensuite. Campagne de dénigrement des juges. Et surtout la non-exécution systématique des jugements : la Belgique a accumulé plus de 20 000 décisions la condamnant à héberger des demandeurs d’asile, et plus de 2 000 injonctions urgentes de la Cour européenne des droits de l’homme, restées lettre morte. Le même phénomène existe en matière de surpopulation carcérale, avec dix ans de condamnations sans suite.

Le projet de loi sur les visites domiciliaires autoriserait des officiers de police accompagnés de fonctionnaires de l’Office des étrangers à pénétrer de force dans un domicile entre 5h et 21h pour arrêter une personne sans titre de séjour, fouiller les lieux et saisir les documents d’identité. La loi elle-même admet qu’elle pourrait entraîner des traumatismes pour les enfants et la séparation des familles, sans l’interdire. Elle s’applique aussi aux domiciles des citoyens qui hébergent des personnes étrangères.

Les droits syndicaux sous pression

Philippe Borsu s’est appuyé sur le dernier rapport de la Confédération syndicale internationale, qui constate une aggravation des violations des libertés syndicales en Belgique. Multiplication des requêtes unilatérales et des astreintes — des syndicats condamnés à 5 000 euros par personne pour avoir organisé des piquets de grève. Détournement de l’arsenal juridique existant pour criminaliser l’action syndicale. Discours antisyndical assumé dans le débat public. Et une attaque contre la concertation sociale elle-même : un accord dégagé au G10, pourtant conforme au cadre budgétaire du gouvernement, balayé d’un revers de la main.

Son constat : le recul social est le plus important connu depuis 1945 — fin des droits au chômage, réforme des pensions particulièrement pénalisante pour les femmes, coupes dans les subventions au monde associatif et à l’éducation permanente.

La défense du climat dans le viseur

Deniz Agbaba a retracé une trajectoire internationale de criminalisation progressive des mouvements climatiques. Aux États-Unis, Greenpeace a été condamnée à 345 millions de dollars d’amende au terme d’une procédure-bâillon : la plus lourde jamais prononcée contre un mouvement de la société civile. Au Royaume-Uni, environ mille militants d’Extinction Rebellion ont été poursuivis après une action de 2021. En Belgique, quatorze militants de Greenpeace ont été poursuivis pour leur action dans le port de Zeebrugge, sur la base d’une loi initialement conçue pour les transmigrants ; le tribunal correctionnel de Bruges a finalement reconnu qu’il s’agissait d’un exercice de la liberté d’expression.

Ce qui marche

La soirée ne s’est pas arrêtée au constat. Les intervenants ont convergé sur un levier : la solidarité entre organisations. La coalition Droit de protéster, née pour contrer un projet d’interdiction de manifester, regroupe plus de trente organisations — Ligue des droits humains, FGTB, Greenpeace, Amnesty — et a montré qu’une mobilisation interorganisationnelle peut faire reculer un gouvernement.

C’est exactement le pari de FUTURS : ne pas ajouter une association de plus, mais fédérer celles qui existent déjà.