Première conférence de presse · lundi 14 septembre, 11h · Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Auteur : administrateur

  • Face au recul des libertés, la société civile se mobilise

    Bruxelles, le 1er septembre 2026. Face à la montée de l’extrême droite partout en Europe et à la banalisation progressive de ses discours et de ses thèmes en Belgique — stigmatisation des plus vulnérables, suspicion envers les étrangers, dénigrement du travail journalistique, relativisation des droits humains —, un vaste réseau d’acteurs engagés refuse la passivité et la contamination anti-démocratique.

    Né d’un appel réunissant déjà plus d’une centaine de personnalités des mondes académique, associatif, culturel, scientifique, syndical et journalistique, ce collectif se manifeste publiquement sous le nom de FUTURS — Fédérer pour résister. Il tiendra sa première conférence de presse le lundi 14 septembre à 11h au Théâtre National de Bruxelles.

    Transformer la sidération en vigilance active

    Ce collectif n’est pas une association de plus, mais un catalyseur d’alerte et d’intelligence collective. Sa création découle de l’Appel à la création d’une plateforme de vigilance démocratique lancé le 25 juin 2026, qui se veut un espace libre, pluraliste et indépendant de sentinelles démocratiques.

    Le 4 juillet, une journée d’étude réunissant à Bruxelles une quarantaine de ces personnalités — juristes, professeurs, cinéastes, acteurs de terrain — a permis de poser un diagnostic implacable. Les atteintes démocratiques ne surviennent pas uniquement par des ruptures nettes, mais par un glissement idéologique à petits pas : fermeture des espaces de rencontre, attaques contre les libertés académiques, concentration des médias, détricotage des protections sociales, érosion insidieuse du langage commun.

    Face à cette guerre de position, le collectif se dresse pour entretenir d’innombrables petites braises de résistance citoyenne et territoriale, et pour faire entrevoir un avenir plus désirable.

    Cinq duos d’experts et de témoins

    Rompant avec les discours unilatéraux, la conférence de presse proposera des interventions complémentaires qui lieront étroitement les droits humains aux droits sociaux, à travers cinq binômes associant un expert et un témoin direct de terrain, sur cinq thématiques : précarité sociale, urgence climatique, droit des réfugiés, culture, enseignement et recherche scientifique.

    Interviendront notamment Olivier De Schutter, Adélaïde Charlier, Sotieta Ngo, Marius Gilbert et Frédéric Young, ainsi que des témoins des réalités vécues sur le terrain.

    Cette présentation de cinquante minutes sera introduite et conclue par Françoise Tulkens, juge et ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, et Philippe Hensmans, ancien directeur d’Amnesty International Belgique, qui évoqueront d’autres secteurs menacés — la santé, la surpopulation carcérale, le dénigrement de la presse — avant d’ouvrir la séance de questions.

    Parce que la démocratie meurt souvent non de coups de force, mais d’habitudes consenties. Parce qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais trop tard pour attendre.

    Informations pratiques

    • Date et heure : lundi 14 septembre 2026 à 11h00. Présentation de 50 minutes, suivie d’une séance de questions-réponses.
    • Lieu : Théâtre National Wallonie-Bruxelles, boulevard Émile Jacqmain 111-115, 1000 Bruxelles (foyer principal).
    • Accréditations et demandes d’interview : collectif.futurs@gmail.com
  • Huit terrains, une même mécanique

    Le 4 juillet 2026, une quarantaine de signataires de l’appel se sont retrouvés toute une journée au Chant d’Oiseau, à Bruxelles. Juristes, professeurs, cinéastes, syndicalistes, responsables associatifs : chacun venait avec l’état de son propre secteur. Ce qui est ressorti de la journée n’était pas une addition d’inquiétudes séparées, mais le constat que tous décrivaient la même mécanique avec un vocabulaire différent.

    Je suis frappé de la convergence incroyable qui ressort de tous ces témoignages, à travers toutes les disciplines.

    Voici, secteur par secteur, les marqueurs concrets qui ont été retenus — non pas des impressions générales, mais des décisions, des textes et des chiffres vérifiables.

    Asile et migration

    Le Pacte européen entré en vigueur en mai 2026 a été décrit comme le marqueur le plus lourd : freiner les arrivées, empêcher les mouvements secondaires, et une solidarité qui se paie en expulsions. S’y ajoutent la réforme du retour, votée par une alliance de la droite et de l’extrême droite, et l’externalisation vers l’Égypte, le Maroc, la Tunisie et le Kosovo — loin des avocats, loin des observateurs, loin des standards. Particularité relevée : sur ce terrain, la ligne ne sépare pas la droite de la gauche.

    Climat et science

    Le climatoscepticisme frontal a cédé la place à une stratégie de brouillage : semer le doute, retarder l’action, affaiblir la confiance dans les institutions scientifiques. Puis vient l’opposition fabriquée entre la fin du mois et la fin du monde. Et enfin, plus inquiétante, une récupération identitaire — nos paysages, nos arbres, notre mode de vie — soit une écologie de la frontière plutôt que de la solidarité.

    Enseignement supérieur

    Minerval des étudiants hors Union européenne, critères financiers et de crédits qui font qu’un étudiant étranger peut être renvoyé là où son voisin belge, à notes égales, poursuit ses études. Décret Paysage et course aux crédits : on n’est plus à l’université pour apprendre mais pour réussir. Bourses flamandes coupées en dessous de 50 crédits sur 60. Et une méthode : la brutalisation législative, et la confusion entretenue entre concerter et rencontrer.

    Liberté académique

    L’attaque frontale à l’américaine n’a pas lieu ici : elle passe par le financement. Velléités de réserver la ristourne du précompte aux sciences exactes. Avant-projet de décret wallon conditionnant l’habilitation des organismes de recherche au suivi des priorités du gouvernement. Le rapport au monde académique est ambivalent : on conteste l’université comme contre-pouvoir tout en voulant y occuper le terrain, quitte à retourner la liberté académique contre elle-même.

    Société civile

    Le point le moins documenté et l’un des plus alarmants : baisse des subsides, attaques sur les emplois subsidiés, crise de gouvernance — plus personne n’ose entrer dans un conseil d’administration — puis fuite des compétences. Unia a vu son budget amputé de 25 %, compromis obtenu contre un démantèlement pur et simple. Tout cela se passe à bas bruit : il n’existe nulle part un cadastre de ces reculs.

    Justice

    Attaques ouvertes contre la Cour européenne des droits de l’homme depuis l’été 2025, par lettres publiques successives — une technique désormais assumée — jusqu’aux hubs de retour. Mais aussi un appel à ne pas se contenter de dénoncer le manque de moyens : la question de l’indépendance et des conflits d’intérêts doit être traitée par le collectif lui-même, finement et intelligemment, sous peine de laisser le terrain au populisme du tous pourris.

    Presse et médias

    Fragilisation structurelle et concentration : disparition de rédactions régionales, absorption des titres, débat sur une aide à la presse captée par les grands groupes plutôt que distribuée aux médias indépendants. Deux chiffres ont été retenus : depuis 2015, 57 journalistes ont été tués en Europe dans l’exercice de leurs fonctions, et 143 sont aujourd’hui emprisonnés.

    Culture

    Guerre culturelle explicite : mainmise sur l’édition et les médias, ciblage de la culture comme vecteur d’esprit critique. Le marqueur concret retenu pour le 14 septembre est la décision de juillet privant les bénéficiaires du statut d’artiste du décompte des années travaillées avant 2014 : concret, absurde et illégal, donc démonstratif.

    Ce que la journée a changé

    Le 4 juillet a moins servi à établir un diagnostic, largement partagé dès le départ, qu’à trancher une question de méthode : comment une plateforme née d’un appel peut éviter de n’être qu’un appel de plus. La réponse tient dans le format retenu pour le 14 septembre — des binômes associant une expertise et une parole de terrain — et dans le choix de partir de marqueurs concrets plutôt que d’un discours général.

  • Belgique, nos libertés en danger ?

    Le 24 juin 2026, la veille du lancement de l’appel, une soirée-débat organisée au Parlement européen par la députée Saskia Bricmont réunissait Sybille Gioe, présidente de la Ligue des droits humains, Philippe Borsu, secrétaire fédéral de la FGTB, et Deniz Agbaba, directrice de Greenpeace Belgique. Objectif : dresser un état des lieux de la dégradation des libertés et de l’État de droit en Belgique, et identifier des pistes d’action collective.

    Ce qui semblait hier circonscrit à la Hongrie d’Orban ou à la Pologne du PiS touche aujourd’hui la Belgique. Trois analyses, trois secteurs, un même mouvement.

    L’État de droit mis à mal

    Sybille Gioe a défini l’État de droit comme le cadre qui empêche l’exercice arbitraire du pouvoir, et en a identifié deux piliers menacés.

    Le non-respect du droit, d’abord : procédures parlementaires bousculées, comme le vote précipité sur la réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles ; insécurité juridique de projets de loi qui manient des notions floues — circonstances exceptionnelles, ordre public, extrémiste — sans jamais les définir, laissant un pouvoir discrétionnaire excessif à l’administration ; et violation assumée de la Constitution, le projet de loi sur les visites domiciliaires ne respectant pas les balises fixées par la Cour constitutionnelle.

    Le contrôle judiciaire affaibli, ensuite. Campagne de dénigrement des juges. Et surtout la non-exécution systématique des jugements : la Belgique a accumulé plus de 20 000 décisions la condamnant à héberger des demandeurs d’asile, et plus de 2 000 injonctions urgentes de la Cour européenne des droits de l’homme, restées lettre morte. Le même phénomène existe en matière de surpopulation carcérale, avec dix ans de condamnations sans suite.

    Le projet de loi sur les visites domiciliaires autoriserait des officiers de police accompagnés de fonctionnaires de l’Office des étrangers à pénétrer de force dans un domicile entre 5h et 21h pour arrêter une personne sans titre de séjour, fouiller les lieux et saisir les documents d’identité. La loi elle-même admet qu’elle pourrait entraîner des traumatismes pour les enfants et la séparation des familles, sans l’interdire. Elle s’applique aussi aux domiciles des citoyens qui hébergent des personnes étrangères.

    Les droits syndicaux sous pression

    Philippe Borsu s’est appuyé sur le dernier rapport de la Confédération syndicale internationale, qui constate une aggravation des violations des libertés syndicales en Belgique. Multiplication des requêtes unilatérales et des astreintes — des syndicats condamnés à 5 000 euros par personne pour avoir organisé des piquets de grève. Détournement de l’arsenal juridique existant pour criminaliser l’action syndicale. Discours antisyndical assumé dans le débat public. Et une attaque contre la concertation sociale elle-même : un accord dégagé au G10, pourtant conforme au cadre budgétaire du gouvernement, balayé d’un revers de la main.

    Son constat : le recul social est le plus important connu depuis 1945 — fin des droits au chômage, réforme des pensions particulièrement pénalisante pour les femmes, coupes dans les subventions au monde associatif et à l’éducation permanente.

    La défense du climat dans le viseur

    Deniz Agbaba a retracé une trajectoire internationale de criminalisation progressive des mouvements climatiques. Aux États-Unis, Greenpeace a été condamnée à 345 millions de dollars d’amende au terme d’une procédure-bâillon : la plus lourde jamais prononcée contre un mouvement de la société civile. Au Royaume-Uni, environ mille militants d’Extinction Rebellion ont été poursuivis après une action de 2021. En Belgique, quatorze militants de Greenpeace ont été poursuivis pour leur action dans le port de Zeebrugge, sur la base d’une loi initialement conçue pour les transmigrants ; le tribunal correctionnel de Bruges a finalement reconnu qu’il s’agissait d’un exercice de la liberté d’expression.

    Ce qui marche

    La soirée ne s’est pas arrêtée au constat. Les intervenants ont convergé sur un levier : la solidarité entre organisations. La coalition Droit de protéster, née pour contrer un projet d’interdiction de manifester, regroupe plus de trente organisations — Ligue des droits humains, FGTB, Greenpeace, Amnesty — et a montré qu’une mobilisation interorganisationnelle peut faire reculer un gouvernement.

    C’est exactement le pari de FUTURS : ne pas ajouter une association de plus, mais fédérer celles qui existent déjà.