L’appel

Appel à la création d’une plateforme de vigilance démocratique, lancé le 25 juin 2026 à l’initiative de Bernard Foccroulle, Thierry Michel, Christine Pireaux et Ricardo Gutierrez.

Parce qu’aucune démocratie n’est à l’abri du recul. Parce qu’aucun pays n’est immunisé contre l’habitude du pire.

Face à la montée de l’extrême droite, restons debout

Partout en Europe, les digues cèdent et l’Europe bascule à nouveau sur son versant obscur. Aujourd’hui, en Italie et en République tchèque, des gouvernements d’extrême droite sont au pouvoir. En Finlande, en Suède et en Slovaquie, ces forces participent aux coalitions. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Pologne, en Espagne ou au Portugal, leurs partis s’imposent dans l’espace public, réécrivent l’imaginaire collectif et pourraient se retrouver bientôt au pouvoir.

Et chez nous ?

En Belgique, on se rassure souvent trop facilement : le cordon sanitaire qui sépare la démocratie de ses ennemis résiste tant bien que mal. Mais au nord comme au sud du pays, un phénomène plus sournois se répand : les idées et les réflexes de l’extrême droite infiltrent de plus en plus la parole politique, médiatique et sociale.

Un danger se dessine : celui d’une évolution lente et progressive des idées, des langages et des postures. Ce n’est plus la conquête frontale, c’est la banalisation : celle des mots, des peurs, des amalgames. Il ne s’agit plus seulement de discours marginaux, mais d’un glissement idéologique qui se normalise à petits pas, au sein des familles politiques traditionnelles et de l’opinion publique.

À force de reprendre les thèmes, les peurs et les provocations que l’extrême droite affectionne — stigmatisation des plus vulnérables, suspicion envers les étrangers, relativisation des droits humains, dénigrement du travail journalistique, fascination pour les hommes forts —, cette dérive s’installe dans le silence : un glissement fait de provocations et de mots piégés qui redessinent peu à peu notre cadre mental.

Nous refusons cette contamination démocratique.

C’est pourquoi nous lançons un appel à la création d’une plateforme de vigilance démocratique : un espace libre, pluraliste et indépendant, rassemblant citoyennes et citoyens, journalistes, chercheuses et chercheurs, artistes, enseignantes et enseignants, syndicalistes et acteurs de la société civile, déterminés à agir comme sentinelles.

Nous voulons

  • Observer et alerter sur les tentatives de normalisation de l’extrême droite et de ses thèmes.
  • Dénoncer les déclarations, actions ou politiques qui portent atteinte aux principes démocratiques fondamentaux.
  • Soutenir les médias, les chercheuses et chercheurs et les voix libres qui subissent la pression ou le discrédit.
  • Mobiliser, dans chaque ville et chaque espace public, et raviver la conscience citoyenne afin que la mémoire, l’intelligence collective et la dignité humaine restent au cœur de notre volonté.

Nous le devons à notre histoire, à ceux qui ont lutté avant nous contre le fascisme et la haine, et à celles et ceux qui, aujourd’hui encore, croient à une Belgique ouverte, solidaire et libre.

Parce que la démocratie meurt souvent non de coups de force, mais d’habitudes consenties. Parce qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais trop tard pour attendre.

Qui sommes-nous ?

Quelques personnalités indépendantes issues d’horizons et de sensibilités diverses : audiovisuel, culture, juridique, associatif.

Nous n’avons pas la volonté de créer une association supplémentaire. Et nous saluons la mobilisation des organisations qui se battent déjà au quotidien pour préserver la démocratie en Belgique. Nous nous voyons comme des lanceurs d’alerte, des catalyseurs qui visent à amplifier les actions du vaste réseau de personnalités, d’associations et d’ONG qui défendent l’État de droit et nos libertés fondamentales.

Nous voulons toucher le public et redonner espoir à tous ceux que la dégradation de nos libertés inquiète et révolte. Nous voulons permettre à tous de peser concrètement et collectivement sur les actes qui portent atteinte à notre démocratie, et nous savons que nous pouvons y arriver.

Comment agir ?

Face à l’état de sidération qui affecte beaucoup de démocrates, nous entendons agir en tant qu’autorité morale indépendante et pluraliste — pas seulement pour réfuter ou dénoncer les élans liberticides à l’œuvre, mais aussi pour les déconstruire et porter un discours alternatif rassembleur, fondé sur les aspirations démocratiques.

Nos actions prendront toutes les formes utiles : campagnes publiques, interpellation des responsables, soutien d’actions en justice, pétitions, rassemblements, manifestations, conférences, forums — comme nous l’avons fait lors de la lecture, par une cinquantaine de journalistes de tous horizons, des noms des 212 journalistes tués à Gaza, ou de la lecture publique, par près de 200 acteurs culturels, des noms de plus de 9 000 enfants parmi les plus de 19 000 tués à Gaza.

Nous appelons toutes celles et ceux qui refusent le repli, la haine et la peur à nous rejoindre. Pour défendre la liberté, la solidarité, et l’idée même d’un humanisme partagé.


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L’appel reste ouvert. Chaque signature est vérifiée avant d’être ajoutée à la liste publique ; comptez quelques jours.

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